Du Mont Cenis à Albi : Suite et fin du périple !!!

Une dizaine de jours nous a fallu pour atteindre Albi. La descente de la vallée de la Maurienne, pour rejoindre le lac d’Aiguebellette et Dullin, n’était pas si laide qu’attendue (surtout si bien accompagnée) avec son autoroute, sa voie ferrée, sa nationale, mais aussi plusieurs spots baignades et pleins de petites routes champêtres parallèles. A Dullin, un comité d’accueil nous attendait pour quelques jours et même une voiture balai pour passer le col de l’épine en douceur !! Merci à tous ceux qui ont pu se déplacer !!

Puis, on est reparti, toujours plein ouest vers Lyon, via Crémieux sous le soleil français accablant (alerte orange canicule) qui nous a valu des coups de soleil (on ne se croyait plus sensible à ce genre de choses !! Erreur!) ….. Pique nique à la tête d’or avec les copains comme au bon vieux temps, les vallons du Puy de Dome, le cochon grillé du baptême de Lison, l’accueil incroyable des Lozériens aux belles maisons aux toits de loze, le Tarn et ses gorges parfaites pour se tremper, les repas tarnais chez les mamies…. Les paysages agricoles ou montagneux français valaient le détour, pas besoin de faire autant de kilomètres pour s’en rendre compte !! Le tour de France a bien failli nous rattraper pour la dernière étape sur les hauteurs de Carmaux mais que nenni, nous sommes bien les plus rapides !

Pour cette traversée française, nous avons pédalé en bonne compagnie, Thomas et Annick les premiers qui nous rejoignent à St Michel de Maurienne, Gautier le plus jeune de la bande (5 ans) qu’on a du mal à suivre, Yann qui prend le temps de se mettre du gel dans mon rétro de vélo le matin, Jean qui a du pédaler sur le plateau 1 pendant un moment dans les vallons lozériens, Manon qui pense toujours qu’elle va être à la traîne et qui finit par nous attendre aux cols, Yvan qui pédale en pyjama avec Coco, Jean-Pierre qui aime faire les montées et qui préfère monter dans la voiture balai pour les descentes et Line la cuistot parfaite pour les pique niques et les petits encas.

Un petit tour des amis, de la famille et Hop, nous voilà repartis, en voiture cette fois ci, remplie de cartons pour une nouvelle aventure : emménager à Toulouse, avoir des clefs, un appartement, des papiers administratifs en masse à remplir, recherche d’emploi, mais surtout des amis pour aller boire des petites mousses en terrasse dans cette ville rose. On va voir comment on s’en sort dans ce nouveau monde🙂. A la gare Matabiau, on tombe sur Rose et Travor, un couple de cyclo cinquantenaire Néo-zélandais en voyage pour un an. Un peu égarés, ni une ni deux et les voilà au milieu de nos cartons à déplier leurs tapis de sol pour y passer ensemble notre première nuit dans notre nouveau pied à terre toulousain : tout un symbole !

Nous voilà à bon port, cette fois ci, c’est sûr l’aventure est finie ! On garde en tête beaucoup de belles choses, de belles rencontres et de bons moments qu’on n’oubliera pas de si tôt. On espère avoir donné envie à certains de se lancer dans l’aventure comme l’ont pu faire d’autres voyageurs pour nous et puis pour finir sur une belle phrase qui n’est pas de nous « la vie c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre » (Albert Einstein)

De la Bosnie au col du Mont Cenis

Le temps file, nous prenons un peu de retard sur le blog et voilà la frontière française qui est déjà en vue !  Toujours à 4 cyclos avec Boris du Monténégro et notre ami Vévé les gros mollets, nous vous avions abandonné aux portes de la Bosnie sous la pluie.

Qu’elle ne fut pas notre surprise quand le premier drapeau que l’on voit en entrant dans ce pays est celui de la Serbie ! La Bosnie est en fait découpée en deux entités : La république serbe et la fédération bosniaque. Le drapeau bosniaque avec une forme jaune à 3 cotés représente les bosniaques (souvent musulmans), les serbes (souvent orthodoxes) et les croates (plutôt catholiques)…… ça semble compliqué ? Les traces de la guerre sont encore bien présentes en ville avec des murs parfois criblés de balles et des ruines tagguées du signe nationaliste serbe. Le premier soir, en cherchant un endroit plat où planter la tente, un couple bosniaque nous invite chez eux : porridge à la viande, récits de snipers et de guerre vécue et soirée bière masculine dans le garage (les filles étant priées de discuter tranquillement en haut sans bières) !

A Sarajevo, les cousins de Boris nous accueillent aussi comme des rois, particulièrement la cousine Amila et la maman Elma : repas musical en famille à la fin de la journée de ramadan et visite de la ville ponctuée d’histoires sur l’assassinat de Franz Ferdinand qui déclenche la première guerre mondiale, ou sur le terrible siège de Sarajevo qui est encore si frais dans les mémoires (92-95). Apres qu’une dizaine de personnes nous ait souligné la beauté de Mostar, nous décidons d’y faire un crochet pour y admirer son fameux pont en quittant Boris qui retourne chez lui.

Nous filons ensuite vers la cote croate et retrouvons la mer Adriatique et les plages de cailloux mais aussi les touristes ! Les voitures s’enfilent sur la petite route qui longe la cote et les nombreux campings rendent plus difficile le camping sauvage. On finira quand même par planter notre tente dans le mini jardin d’un garagiste souriant.

Mais le temps file une fois de plus, le RDV que l’on s’était fixé avec nos familles et la fin des vacances d’Hervé approchent à grand pas… Pas de soucis, un ferry de nuit de Split nous amène à Ancona en Italie, puis l’on prend 3 TER pour rallier Turin (rien que ça pour accélérer notre arrivée) avec même une petite halte à Milan pour admirer le Duomo et déguster une pizza italienne. On fait escale rapidement à Turin avant de rouler vers le Mont Cenis où les premiers lacets font des dégâts (5 premiers km entre 9 et 10 %)… Bivouac au milieu du col pour mieux faire passer la montée et puis le panneau France est en vue ! Après 14 mois de vadrouille nous voilà rentrés en France…

Une fois le col franchi Hervé s’élance dans une échappée seule vers la tarentaise tandis que nous nous laissons couler dans la vallée de la  Maurienne pour retrouver de nouveaux compagnons de route🙂

Suite et fin au prochain épisode !

A travers les Balkans : Serbie, Kosovo, Albanie et Monténégro

Le problème en Europe c’est qu’il y a des routes de partout et une multitude de petits pays et le choix de l’itinéraire est donc plus difficile à faire. Au départ, nous voulions initialement tirer sur Sarajevo au travers de la Serbie, mais après avoir suivi quelques conseils de locaux nous avons opté pour une autre route traversant le Kosovo, l’Albanie et le Monténégro….

On rentre ainsi en Serbie pour une durée de 24h, tout juste le temps de rencontrer Djurica et sa famille à Vranje. Un accueil formidable dans cette région frontalière avec le Kosovo et ou commence à se côtoyer Albanais et Serbes. A Vranje et comme dans le reste des villes croisées dans les Balkans, on est impressionné par la multitude de terrasses (souvent pleines même en semaine) dans les centres piétons pour boire des verres et surtout de la bière, même dans des petites villes.

Quelques coups de pédales et nous voilà au Kosovo (qui utilise l’Euro !) Le Kosovo, nous faisait surtout penser à la guerre d’il y a tout juste 15 ans et on progresse dans ce pays sans savoir vraiment ce qui nous attend. Au final, peu de traces de la guerre sont visibles là ou on est passé, beaucoup de construction de toutes part, des jeunes partout, des drapeaux américains, suisses et albanais (et peu du Kosovo). Au Kosovo, il y a environ 90% d’Albanais qui se sentent peu proches des Serbes surtout après la guerre, et on y entend toujours #Je suis albanais# plutôt que #Je suis Kosovar#. Un gros orage nous amène à demander un abri dans un petit village de campagne ou on se fait recevoir comme des rois encore une fois en faisant la tournée au bistro du coin, chez le coiffeur, et dans plusieurs salons de maisons familiales : ça parle beaucoup français car dans chaque famille, 2 à 3 personnes travaillent (ou travaillaient) en Suisse francophone (Genève très souvent). On y apprend pas mal sur ce pays dont on connait peu, notamment qu’il est difficile d’avoir un visa pour l’Europe, contrairement aux autres pays des Balkans qui n’en ont pas besoin, qu’il y a 30% de chômage et que l’activité y est réduite ce qui donne l’impression que le pays vie sous perfusion avec les investissements américains/européens. On file ensuite vers Prizren (la soit disant plus belle ville du Kosovo) par une route de montagne en croisant successivement village albanais et serbes avec respectivement églises orthodoxe et mosquées.

En Albanie, ça se réchauffe et on se sent se rapprocher de la mer Adriatique qu’on a pour objectif. On part sur une route tortueuse et aux pentes terribles pour viser le ferry entre Fierze et Koman. De beaux paysages qui rappellent la Corse ou encore la Norvège pour le transfert an bateau dans des gorges de presque 1500m de dénivelé sur certains passages. C’est en fait toute une vallée qui s’est retrouvée sous les eaux après la construction d’un barrage obligeant les habitants des villages de la vallée à utiliser le bateau pour en sortir : scène incroyable d’Albanais seuls sur la berge au pied de falaises au milieu de nulle part attendant le bateau-bus… On file sur Skhoder pour retrouver Michel et s’imprégner un peu de la vie albanaise en ville avec un concert italien J.

Au Monténégro, ce sont les plages que l’on vise et que l’on découvre pendant 3 jours : certaines bien aménagées, d’autres vraiment moins sympas avec des gros galets et des déchets de toutes parts. Beaucoup de jolis monastères orthodoxes surplombent la cote. Nous passons aussi par Budva et Kotor, des villes fortifiées historiques et au centre piétons forts sympathiques (remplies du coup de touristes). Puis on quitte la cote pour monter à Cetinje l’ancienne capitale du Montenegro et partir dans l’arrière-pays vers la Bosnie et Sarajevo. Sur la route, on s’arrête chez Boris à Niksic qui nous fait découvrir sa ville et dont la famille aux petits soins nous requinque. Le lendemain, après 5 minutes de réflexion, on lui accroche un tapis de sol et une tente sur le porte bagage et on l’embarque avec nous jusqu’à Sarajevo : première sortie cyclo pour lui et pour nous un guide local dans le groupe, impeccable. On s’arrête chez Baba (la grand-mère d’un de ses amis)  de plus de 90 ans qui vit seule avec vaches et moutons perdue dans la montagne monténégrine, impressionnant. Elle fume et boit comme il se doit ! Souper de pommes de terre et de gros lard bien gras cuit au four !

C’est sous la pluie qu’on continue vers la Bosnie, direction Sarajevo ou l’oncle et la tante de Boris nous y attendent. Au final, on aura eu un aperçu de plusieurs pays aux relations souvent complexes et avec une histoire récente tourmentée qui nous donne envie de creuser le sujet.

Nous voilà en Europe: d’Istanbul à Sofia

Istanbul nous voilà ! Entrée acrobatique depuis la gare de bus via une voie rapide pour rejoindre le centre-ville et nous voilà en compagnie d’Olivier, Violaine, Serge et Evelyne, les parents d’Olivier très bon connaisseurs de l’ancienne capitale Ottomane. Nous suivons les guides à travers les bazars, les bons petits kebabs et cafés pour admirer la cathédrale Sainte Sophie ou la mosquée bleue. Après 4 jours de pause, c’est reparti vers l’Ouest avec Hervé qui est venu gonfler l’effectif du peloton. Petite pause à Edirne à la frontière turquo-bulgare ou Engin et Trakkya Bycicleta nous accueillent et nous font même la visite guidée de notre dernière ville turque avec comme spécialité le foie de bœuf grillé, mmh ! Ici rien à voir avec l’Est Turque, les gens sont bien moins croyants/pratiquants, on ne croise que peu de femmes voilées, l’alcool coule à flot dans les soirées et bistrots, Erdogan y est très peu supporté…

Dernier café turque, dernier chai, puis c’est le passage en Bulgarie après avoir doublé une queue de 10 km de camions à l’arrêt. Pas un sourire à l’entrée côté Bulgare ni un mot (contrairement au douanier Turque qui nous demande quand on reviendra…) juste un signe de la main comme quoi on peut filer dans leur pays. Après une semaine à pédaler dans l’arrière-pays bulgare, nous retiendrons : les centre villes souvent piétons et sympathiques avec systématiquement le wifi, le kilo de cerises à 50 centimes (idem pour la pinte de bières J) et des contacts qui se résument souvent à :#Pas un sourire, peu de mots, mais des gars très sympas (tu le réalises souvent une fois que tu les as quitté…)#, on pense notamment à un camionneur qui nous a pris sur 30km et qui nous a adressé la parole qu’au bout de 10min de trajet… Sava nous accueille à Sofia dans sa grande maison qu’il retape. On met un peu la main à la pâte puis on visite cette capitale sympa et très verte…. Petite visite du monastère de Rila perché dans les montagnes avec Sava en guide puis promenade champêtre bien appréciée pour clôturer ce weekend sans vélo.

On en vient enfin à la question que tout le monde doit se demander : #Est ce que Hervé arrive à suivre les deux cyclistes affutés que nous sommes devenus ?# Ben, il a fait illusion les 4 premiers jours puis dès que les choses sérieuses ont commencés (col de 10km à 7-8%), il a explosé tout simplement… genou bloqué, on sollicite un camionneur Bulgare pour le déposer au sommet… Après pommadage au niflugel et weekend repos à Sofia il est reparti comme en l’an 40 et on n’arrive plus à le suivre (on soupçonne un dopage d’avant départ…).

En 1,5 jour, on quitte ensuite Sofia pour la Serbie avec enfin notre première nuit dans une carrière, lieu défini comme idéal pour dormir par des cyclotouristes avérés : #C’est plat, calme, personne n’y vient, l’idéal pour passer une bonne nuit…#, oui si l’on veut…. C’est chose faite !

La suite du périple c’est un tout droit dans les pays des Balkans avec un petit saut en Serbie avant d’aller retrouver des terres musulmanes au Kosovo, Albanie, Monténégro et Bosnie.

On file en Turquie

A peine passée la frontière irano-turque, c’est un véritable strip-tease. Le voile saute et le cache-fesse aussi ! Les orages et températures fraiches ne me laisseront pas l’occasion d’enlever bien plus ! Plusieurs cyclos nous avaient parlé de garnements lançant des pierres sur les cyclos trop lents et des chiens turques très agressifs …. C’est donc avec une petite crainte que nous faisons nos premiers coups de pédales dans l’est de la Turquie en prenant garde à chaque chien ou enfant en vue !! Finalement, nous recevrons plutôt entre 5 à 10 invitations à prendre le thé par jour et un accueil encore une fois très chaleureux comme lors du sauvetage par une famille juste avant une petite tempête (quelques toits en taule emportés par le vent…).

La Turquie est bien bosselée, nous avons donc adopté une nouvelle tactique de pédalage dès que la route penche un peu trop. Marie en pull rose se poste en bas de la cote et pousse son vélo à pied pendant que Damien avance bien devant. Ça ne manque pas, 5 camions en 7 jours nous proposeront de nous prendre pour finir un col un peu trop pentu !!! Parler allemand se révèle utile pour échanger avec les conducteurs. Une autre nouvelle tactique est de ne plus ouvrir de guide touristique et de faire notre route….. Au programme : Le bleu du lac de Van et sa cote déchiquetée, le Mont Harat (plus haut sommet turque), les nombreux monts encore enneigés, les vues sur les minarets pointant dans chaque village, les champs de patates, le battage des peaux de moutons, les affiches et les drapeaux des partis politiques pour la future élection (7 juin), les thés à tout va avec les turques, les kurdes et même les zazas ! Les warmshowers sont encore de la partie …. Tunc, le chef de l’hôpital d’Aldicevaz, et sa femme nous accueillent royalement (retour du nutella) et nous font visiter les environs dont un petit lac volcanique de plus de 3 km de profondeur (la corde était trop courte pour en mesurer le fond). Turgay nous accueille à 21h à Aksaray un dimanche soir avec le sourire après être revenu d’un weekend chargé…. A Elazig, nous rencontrons une joyeuse bande de cyclos qui nous font gouter les brochettes de foies de moutons, les tartines fromage/sucre/miel, les graines d’abricots séchés, des sortes de pate de graines en tout genre et le café turque ! Ça se conclue derrière un plateau télé par une émission en live de 45 minutes sur le FR3 local, attention !

Victime de ce succès (2 articles de presse, 2 émissions télé), on a du s’échapper en train vers la Cappadoce pour retrouver enfin notre tranquillité, une région touristique que nous ne voulions pas rater! En sortant du train on constate le vol de notre trousse à pharmacie et notre trousse à outils (pas dit que c’est ce qu’ils cherchaient)… Allez va, ça nous allège. Malgré l’afflux de nombreux touristes dans cette région qui rendent les sites touristiques quelque fois bondés, on admire avec enthousiasme les maisons troglodytes à Uchisar et les fresques colorées des églises encastrées à Goreme dans la roche. Des cités complètes sont souterraines, comme à Kaymakli ou à Derinkuyu pour que les chrétiens puissent échapper aux armées perses ou arabes dans ces dédales de petites ruelles serpentant dans la roche à 20 m de profondeur, clos par de lourdes portes cylindriques. Dans le canyon d’Illhara, on longe la rivière en visitant encore des petites églises perchées dans les falaises datant du 10-11eme siecle.

Nous filons ensuite en bus/train vers Istanbul ou Violaine, Olivier et ses parents nous attendent dans un chouette appart pour fêter notre retour à l’avance ! Pour finir notre bout de chemin, on a sorti les grands moyens : Vévé les gros mollets arrive à Istanbul pour nous tracter jusqu’à bon port… C’est donc à trois qu’on reprendra la route après une escale de plusieurs jours à Istanbul pour recharger les batteries.

De Esfahan à la Turquie

Après un mois en Iran, nous savons enfin maitriser la différence entre Romeini (l’ayatollah père de la révolution islamiste), Rameni (le guide suprême actuel) (qui sont d’ailleurs en photo partout), et Rohani (le président actuel). On s’est aussi rendu compte que bon nombre de choses sont interdites en Iran : des grandes libertés (liberté d’expression-publications (contrôle des courriers), justice, partis politiques d’opposition inexistant…) à des choses plus surprenantes comme l’interdiction d’avoir un chien en ville, de jouer aux cartes dans les lieux publics, d’accéder à certaines professions (designer pour les hommes par exemple), de donner un prénom à son enfant qui sort de la liste officielle des prénoms islamistes/perses, d’accéder à Facebook alors que le ministre des affaires étrangères Zarif à un compte et y est hyperactif, ou encore de chanter solo en publique pour une femme… On peut rajouter à cette liste non exhaustive  qu’il est interdit  de prendre en photo le portrait de Romeini devant un centre nucléaire (qu’on ne se doutait pas qui en était un bien sur…) on s’est donc retrouvé retenu par les militaires pendant une grosse heure à rendre visite aux différents chefs chargés de la sécurité en expliquant qu’on était pas des espions mais de simples touristes un peu couillons. Ça s’est terminé autour d’un bon petit thé chaud comme souvent en Iran… On a eu le droit à une deuxième rencontre avec les militaires mais à Natanz cette fois ci, ville connue pour être un des centres d’enrichissement d’uranium les plus importants du pays : Ali et sa famille nous voyant attaquer notre  sieste quotidienne dans un des parcs de la ville nous convie à rentrer plutôt dans leur salon pour s’assoupir au chaud et prendre un thé bien sûr. Comme souvent ensuite ça s’emballe et on se retrouve à passer l’après-midi avec eux en alternant gouter-sieste-sortie au parc, Damien part à la piscine avec les gars, puis on dine tous ensemble et au moment de se mettre sous les draps à 23h les militaires débarquent avec pour ordre de nous faire dormir à l’hôtel … Non négociable. Enfin, bien que les choses bougent doucement, notamment avec l’arrivée de Rohani, beaucoup de choses restent proscrites…

Esfahan est l’ancienne capitale du pays et cœur historique du pays avec ses belles mosquées de Masjed-e-Shah, Masjed-e-Jameh, Masjed-e-Lotfolla ou encore son palais de Kakh-e Chehel Sotun. On y apprécie les nombreux parcs, berges aménagées et le retour des pistes cyclables disparus depuis trop longtemps. Nick nous y accueille pendant 3 jours et nous éclaire sur de nombreux sujet comme l’histoire de l’Iran et il nous fait comprendre que tout n’est pas rose en Iran loin de là.  A Kashan, on découvre en compagnie de Mohsen et Parvin les belles maisons d’anciens négociants de la route de la soie, ou encore un exemple de jardin Perse le Fin garden comparable à celui de Yazd. Ils nous convient ensuite à un repas de famille, puis nous initie à la culture Iranienne avec concert de musique traditionnelle à domicile, cours de cuisine, jeu de carte du Qorq avec leurs amis… On les retrouvera ensuite à la capitale (ou ils nous logeront de nouveau) pour y passer plusieurs jours et pour notamment visiter l’éclatant musée de jewelry. Ensuite, direction Tabriz et son immense baazar (qualifié de plus grand au monde par les iraniens) avec Sohrab au volant de son van de compét et nos vélos dans le coffre. On renfourche enfin nos vélos depuis Tabriz jusqu’à la Turquie pour découvrir l’azerbaidjan iranien en fleurs avec les montagnes encore enneigés en fond de tableau et l’Aras qui s’écoule au milieu, très beau…

On a aussi fait des statistiques grossières (échantillon réduit la faute au visa réduit, Didier ne nous en tiens pas rigueur stp) et nous sommes arrivés au résultat suivant : en moyenne un iranien invite à manger/boire/dormir au bout de sa 3ème phrase…. Le tarof est toutefois souvent de rigueur (ie proposition de gascon comme on dit par chez Marie) et faut savoir insister lourdement pour refuser et déceler les vrais propositions des propositions par politesse. Hospitalité encore une fois incroyable pendant ces 15 derniers jours avec notamment Mohammed Reza qui nous invite chez lui la veille du mariage de sa fille (on n’était pas au courant avant d’arrivé dans la maison…), ou Mohammed Reza et Akbar qui s’occupent de nous en nous amenant sur les hauteurs de Marvan pour y passer une soirée champêtre et admirer l’Azerbaidjan Iranien, Ali à Jolfa qui nous accueille royalement dans sa famille (ami de Farad un jeune iranien qui pédalera avec nous pendant 1,5 jours entre Marand et Jolfa) ou encore un boulanger de Poldasht qui nous voyant planter la tente non loin de son champs nous convie chez lui chaleureusement (douche chaude, machine à laver, etc ..).

On écrit ces lignes depuis notre tente qu’on a planté après avoir refusé 2 invitations (on aime parfois notre tente quand même) et s’être fait délocalisés depuis un coin tranquille dans la nature pour un coin à côté de la civilisation (2*2 voies bien bruyante) car il semblerait que quelques bestioles dangereuses trainent dans le coin (présence de loups-ours ? on n’est pas sur du mime des locaux pour décrire les animaux qui rodent par là mais on a fini par les écouter….). On file vers la Turquie avec beaucoup de belles choses en tête qu’on n’est pas prêt d’oublier….

Chez les incroyables Perses

#Do you know the rules in Iran Madam ?# #Heu…# #Voile sur la tête, manche longue sur les bras et il faut cacher les fesses et les jambes# #yes, yes…# . Et voilà, 5 minutes à peine pour imprimer nos visas à Shiraz et nous sommes chez les Perses. Il nous faut un peu de temps pour s’habituer à rerouler à droite, à la monnaie (1euros= 36 000 Rials et pour soit disant simplifier l’affaire, ils parlenten Toman 1T=10Rials) et aussi au fait que les hommes ne serrent la main qu’à Damien. Mais les nombreux espaces verts, les sessions piques niques des Iraniens à tout va, l’absence de klaxons, les sourires aux volants et les nombreuses salutations cordiales créent une ambiance tranquille et reposante bien appréciée après l’Inde. On retrouve pas mal de chose qui nous montre qu’on se rapproche doucement mais tranquillement de chez nous, les boulangeries et le pain frais disponibles dans chaque petits villages, les peugeots 405/Renault/citroen, les nombreux mots francais #Merci, pyjama, lampe, séchoir, picorer…#

Shiraz est rempli de jolies mosquées aux mosaïques bleus et de dédale dans le baazar. La visite de la tombe d’Hafez, un des poètes les plus appréciés en Iran, permet d’apprécier le gout qu’ont les iraniens pour la poésie. Nous remontons vite sur nos montures abandonnées depuis trop longtemps, impatient d’aller découvrir de plus près la campagne iranienne et ses habitants. Cap vers Yazd (cap Nord-Est aie, aie…) et le désert pour aller se refaire un bronzage (enfin surtout celui de Damien car Marie est couverte de la tête au pied, héhé…). Petite pause historique à Persépolis pour observer les vestiges des anciens temples de Xeres et Darius vieux de 2500 ans, impressionnant. D’ailleurs presque chaque village croisé possède des ruines ou forts datant d’il y a au moins 1000 ans. Les paysages sont très arides et l’on passe les montagnes de Zagros par des petites pistes terreuses au milieu des noyers en fleurs avant d’arriver dans le vrai désert avec rien de rien sur 100km si ce n’est quelques dromadaires. Puis les villages réapparaissent et enfin Yazd avec des maisons en terre et paille, des tours à vents pour rafraîchir les habitations, des pigeonniers ou encore des qanats, système de canalisation souterrain ingénieux sur plusieurs dizaines de km pour amener l’eau dans ces villages au milieu du désert.

Dès les premiers jours sur la route, l’hospitalité et la gentillesse des iraniens se remarquent très vite et est tout simplement incroyable. #Welcome to Iran#, #We are at your service#, #If you need any equipment, please tell me#, #Do you need help ?#… Refus pour que l’on paye les melons en bord de route ou les courses au supermarché même après avoir insisté lourdement… #You are my guest#. On a pédalé dans 2 tunnels en Iran et les 2 fois une voiture s’est postée derrière nous avec les warnings pour nous protéger des autres voitures, incroyable. Petit topo des 4 premiers jours à vélo dans l’arrière-pays iraniens pour vous souligner encore plus l’hospitalité iranienne:

  • 1er jour : 10 km seulement à la sortie de Shiraz, Djevad s’arrête avec son camion plein de melons et nous embarque dans sa maison familiale  : poulet aux pruneaux et volleyball dans le salon !
  • 2ème jour : 15h, arrêt frein à main à quelques mètres devant nous, Ulamreza descend #Come to my home, come to my home, Irani no terrorists…I am happy you at my home# On signe, soirée riz à l’aneth et au safran, Ulamreza simple et tellement vrai…
  • 3eme jour : On s’apprête à monter notre petite tente, # house, house 3 km !#, 15 km de montée plus loin, nous arrivons dans un petit village lori (arabo-turque), anciennement nomade. Agneau tué pour l’occasion, on se chamaille notre compagnie et on passe de maisons en maisons en enchainant les thés, raisins secs et amandes.
  • 4eme jour : Abbas et Zebi nous aperçoivent attaquant les pistes à travers les montagnes de Zagros. #Vous allez vous perdre#…30 min après ils reviennent en motocyclette, avec un poulet et une grille de BBQ puis nous guident pendant 4h dans les montagnes avec une pause midi BBQ des plus plaisantes, incroyable…. A peine nos guides partis, Razam nous aperçoit depuis son champ d’amandiers et nous convie à dormir dans son cabanon. Petit déjeuner royal, comme tous les matins depuis 15 jours

On vous épargne le descriptif détaillé des accueils des journées suivantes mais à chaque fois des familles d’horizons différentes, de milieux différents avec une joie spontannée de nous accueillir et de nous offrir logis et manger assez folle….On n’oubliera pas Meyssam et Ellam qui nous croisent dans le désert sans eau et nous accueillent ensuite à Yazd pour deux nuits. Ils parlent bien anglais et nous éclaireront du coup sur de nombreux aspects de l’Iran d’aujourd’hui, chouette rencontre.Ou à la tombée de la nuit, ce papi à Nadoushan qui nous voit un peu perdus et nous ouvre sa porte sans même réfléchir…….Toutes ces rencontres nous donnent bien envie de peaufiner notre apprentissage du farci.

Nous repartons vers Esfahan, l’ancienne capitale du pays, après une nouvelle traversée de désert avec rafales de vent de face super fortes (moyenne horrible de 8 km/h) pour faire étendre nos visas pour 15 jours supplémentaires.